From Philippe Wallez (unpublished)
[1779-1780]
Mémoire
A Monsieur Franklin,
Député des Etats-unis de l’Amérique
Je suis chargé par Mr. Philippe Wallez négociant à Gand, de
faire à Monsieur Franklin une proposition qui paroit utile à
l’amérique et à la Flandre.
C’est d’ouvrir entre ces deux nations un Commerce direct de
leurs productions.
Je n’ai pas besoin de lui observer que l’Amérique n’est pas
encore au moment de faire avec l’Europe un Commerce assés
fructueux pour qu’elle Se promette d’en avoir des retours en or et
en argent; ce tems pourra venir: mais, actuellement, qu’elle a des
besoins et qu’elle ne peut y pourvoir qu’en envoyant en Europe des
productions de Son Sol, le Seul avantage qu’elle puisse obtenir,
est de trouver le meilleur prix possible de Ses denrées pour avoir
en retour une plus grande quantité de ce qui lui manque.
La flandre paroit lui offrir cet avantage pour plusieurs objets.
Elle consomme par elle-même une grande quantité de riz et de
tabac, et en exporte encore davantage en Allemagne.
Ses Manufactures de toiles peintes et les Manufactures de draps
du pays de Limbourg qui est, comme la flandre, sous la domination
de la maison d’Autriche, font une Consommation Considerable
d’Indigo.
L’Angleterre a toujours fourni de ces trois especes de
marchandises pour des Sommes très-importantes. L’Amérique pourroit
desormais les fournir directement. Alors le monopole des Anglois
et leur fameux acte de Navigation qui en Sur-encherissoient
considerablement le prix, n’y auroient plus d’influence: elles
Seroient à meilleur marché et la consommation en augmenteroit
infailliblement.
L’Angleterre payoit l’amérique en denrées et en marchandises
d’Europe dont les unes étoient le produit de Son Sol et de Son
industrie et les autres lui étoient fournies par la France, la
Flandre et l’Allemagne.
La Flandre, en particulier, lui en fournissoit une très-grande
quantité, et elle en proportionnoit le prix à celui dont
l’Angleterre sur-vendoit les marchandises d’amérique. Les
colonies, par consequent, payoient les marchandises de Flandres
plus cher que Si celles des colonies eussent été à meilleur
marché: Mais, ce qui augmentoit encore plus sensiblement les
marchandises de Flandres pour l’amérique, C;est qu’on ne les y
recevoit qu’après qu’elles avoient passé par les mains des anglois
et qu’on avoit ajouté à leur valeur primitive tous les droits de
douane, les bénéfices des Marchands et les frais de Navigation. Je
ne doute point qu’elles ne fussent comptées aux amériquains à plus
de 30 pour cent au-dessus de ce qu’elles avoient originairement
Coûté en flandres, et Si l’on y joint le bénéfice que les Anglois
faisoient sur la revente des Marchandises de l’Amérique, je ne
crois point éxagérer en disant que ce double monopole ne fu perdre
plus de 50 pour cent à l’Amérique.
Et même Si l’on considére qu’il étoit de regle en Angleterre de
n’envoyer en Amèrique que les plus mauvaises marchandises de
Flandre qu’on lui faisoit payer aussi cher que les bonnes,
peut-etre pourroit-on encore porter plus haut les bénéfices que
les Anglois faisoient Sur les amériquains.
D’ailleurs, on Sait que les bénéfices de l’angleterre étoient
presque toujours arbitraires. Elle les calculoit sur l’opulence
des Colonies et toujours de maniere qu’elle restoit leur
créanciere; et Cette espece de thermomètre pouvoit, Selon les
circonstances, porter le prix des marchandises au dégré le plus
élevé.
L’Amérique gagneroit donc tout ce que les Anglois gagnoient Sur
elle.
| 1o. des toiles pleines et unies pour faire du linge de table, |
| 2o. des toiles pour faire de tentes. |
| 3o. des toiles à carreaux pour couvrir des Matelats. |
| 4o. des toiles du même genre pour des chemises de négres et de |
| 6o. des toiles peintes pour l’habillement des femmes |
| 8o. des draps du pays de Limbourg |
| 11o. des armes à feu de Liege |
| 12o. des quincailleries de Liége et d’allemagne. |
On ne parle point de dentelles parce que Cet objet ne peut pas
encore être à la convenance de l’amérique, au moins généralement:
Mais, il faut reprendre chacun de ces articles Séparément.
1o.
Les Seuls pays de l’Europe où l’amérique puisse S’approvisionner
de toiles Sont la hollande, la France et la Flandre.
Mais on ne fabrique point de toiles en hollande. Celles qui Sont
Connes Sous ce nom n’y Sont que blanchies. Elles viennent toutes
de Flandres, à l’exception de qeulques parties qui Sont fournies
par la Silèsie et la Franconie. Les toiles, dites de hollande, ont
donc déja passé par plusieurs mains qui, toutes, en ont augmenté
le prix.
A l’ègard de la France, Ce qu’elle fabrique de toiles ne Suffit
pas à Sa propre Consommation. Si elle vend de Ses propres toiles,
elle est obligée d’en tirer d’autant plus de Flandres, et il est
de fait qu’elle en tire annuellement pour des Sommes
Considerables; et Si, après les avoir achetées en Flandre, elle en
fait passer en Amérique, il est aisé de Concevoir qu’elles
reçoivent nécessairement une augmentation de prix.
D’ailleurs, quand la France auroit assés de toiles de Son cru
pour en fournir à l’amérique Sans porter la disette dans Son
propre Sein, le haut prix des denrées et de l’intérêt de l’argent
dans toute l’étendue de ce royaume, influeroit toujours beaucoup
Sur le prix des toiles.
Ce n’est donc qu’en Flandre que l’amérique peut Se fournir
avantageusement. Ses toiles pleines et unies, Soit écrues, Soit
blanchies, Sont reconnues pour être les meilleures de l’Europe
entiere.
La fertilité de ce pays, y tient toujours les vivre à bas prix
et fait accroitre, sans Cesse, la masse de Son argent qui n’est
qu’à deux et demi pour cent. Les toiles qui S’y fabriquent Sont
donc nécessairement a Meilleur marché. Elles y Sont d’autant moins
chéres qu’il y en a toujours Sur abondance, et que les matieres
prémieres croissent dans le territoire.
Il est donc évident que l’amérique auroit des toiles de
Meilleure qualité, et a plus bas prix que partout ailleurs.
2o.
Si quelque nation a fourni des toiles à l’amérique pour faire
des tentes, elle les a, Certainement, prises en Flandre. C’est la
Flandre qui en approvisionne la France, l’Angleterre, l’Espagne,
l’Allemagne etc. Ainsi tout pays, qui en a besoin, ne peut les
avoir à Si bon marché ailleurs qu’en Flandre.
3o. et 4o.
C’est encore la Flandre qui fournit à presque toute l’Europe des
toiles pour les Matelats, pour les négres et les Matelots. La
france est fait quelques imitations grossieres et inférieures; et
les Vend plus cher que celles de Flandre qui Sont excellentes.
5o.
Les Indes nous fournissent du basin qui est excessivement cher.
Mais tout le basin, dont le prix est à la portée du plus grand
nombre en france, en Angleterre et par toute l’Europe, est
fabriqué en Flandre, et, particulierement, à Brugges. C’est donc
en Flandre qu’il faut le prendre puisque tous les autres pays le
tirent de là et qu’ils ne peuvent le revendre qu’en y gagnant.
6o.
La Flandre est remplie de manufacture de toiles peintes. On
conçoit que la Surabondance de Ses toiles unies a dû y propager
cette industrie, et qu’elle donne le fruit de Son travail à
beaucoup meilleur marché.
7o.
Les Camelots de Bruxelles Sont les plus beaux du monde entier.
Ils Sont chers à les Comparer aux Camelots d’Abbeville et
d’Amiens: Mais Ceux-ci Sont très-Communs, et beaucoup plus chers
que les Camelots du Même espèce que l’on fait en Flandres. Cela
doit être. La flandre ne paye pas plus cher les matieres
premieres, et les fabricans y trouvent de l’argent tant qu’ils
veulent à 2. et demi pour cent, tandis qu’on le paye 6. 7. et même
8. pour cent à Amiens et Abbeville.
8o.
Les draps du pays de Limbourg, sont aussi beaux, aussi bons,
aussi bien teints, aussi brillans que les meilleurs draps de
France, et à qualité ègale ils Coûtent plus de 15 pour Cent de
moins.
9o.
Les chapeaux Communs de Flandre et qui Sont faits avec de la
laine du pays, l’emportent Sur ceux de France et d’Angleterre à
cause de la nature de la laine qui est plus longue et qui Se
feutre plus Solidement. Ils Sont aussi à Meilleur marché.
10o.
Tous les Cuirs de l’Europe Sont d’une qualité très-inférieure à
ceux de Flandre et de Liége. La Flandre par elle-même et par Son
voisinage de Liége pourroit donc fournir à l’amerique de Meilleurs
Souliers qu’aucune autre nation. Le prix en Seroit aussi beaucoup
moindre parce que les Cuirs et la main-d’oeuvre y Sont infiniment
moins Chers.
11o.
Les Armes à feu et les bayonnettes de Liége passent pour être
les meilleures de l’Europe. Cette manufacture est immense et
fournit d’armes à presque toute l’Allemagne. Elle est infiniment
moins chére que les Manufactures de Charleville, de St. Etienne en
forez et de Tulles.
Les quincailleries de Liege Sont aussi à très-bon compte.
On Sait que Liege fournit des clous à tout l’univers et meme à
la France et à l’Angleterre.
Ce pays touche à la Flandre et y fait tout voiturer par des
Canaux.
C’est donc encore en Flandres que l’amérique pourroit Se fournir
de tous ces objets au meilleur Compte possible.
12o.
La France ne fait que de très-mauvaises quincailleries, et
celles d’Allemagne qui leur Sont Supérieures paroissent devoir
Succéder en Amérique à celles d’Angleterre les plus parfaites de
toutes. Elles arrivent aussi facilement en Flandres qu’en
hollande. Elles ont même un avantage à passer par la Flandre;
C’est qu’ainsi que toutes les autres especes de Marchandises
destinées à l’exportation, elles n’y payent aucune Sorte de droits
de péage, de traite et de douane à-cause du transit que
l’Impèratrice Reine a établi à Gand. Si ces quincailleries
passoient par la hollande ou par la France, elles n’arriveroient
en Amérique qu’avec la Sur charge de tous les droits qu’elles
auroient payé chés ces deux nations. C’est donc encore de la
Flandre que l’amérique pourroit les tirer à meilleur prix.
13o.
La flandre autrichienne fabrique peu de batistes. C’est dans le
Cambresis qu’en Sont les principales manufactures: Mais C’est,
pourtant, par la Flandres qu’on Se les procure au moindre prix.
Elles ne passent du Cambresis et de la Picardie, où l’on en fait
Aussi, dans les autres provinces de la France qu’en payent des
droits considérables, et qui Se multiplient aux limites de chaque
province du Royaume qui Separent les fabriques de Celles où Se
font les embarquemens. Les batistes ne payent qu’un drou
extrêmement léger pour passer en Flandre. Elles n’en payent même
point du tout à-cause de la Contrebande ouverte que facilite la
proximité. C’est encore la flandre qui, Consequemment, pourroit
les fournir à Meilleur marché à l’amérique.
14o.
Si les besoins de l’amérique S’étendoient jusqu’aux dentelles,
il n’y a personne qui ne Sache que la Flandre est leur patrie. Il
y a des dentelles qui Sont Connues Sous le nom de point
d’angleterre. Mais jamais on n’en a fait pour un Shilling en
Angleterre. Toutes ces dentelles Se font à Bruxelles et aux
environs: Mais les Anglois avoient eu l’addresse d’en arrher
toutes les Manuactures, et par une charlatanerie de Commerce, ils
avoient eu l’ars de persuader à toute l’Europe que c’étoit eux qui
les fabriquoient. C’est ainsi que les hollandois Vendent leurs
toiles de hollande Sans en faire une aune, que les Lyonnois
Vendent les gros de Tours qu’on ne fait point à Tours, et que
Tours vend Sous le nom de pruneaux de Tours les pruneaux qui
viennent du Poitou.
Tels Sont donc les objets que la Flandre pourroit fournir à
l’amérique.
Si l’on en excepte le Sel, le vin et quelques autres articles,
C’est réunir presque tous Ses besoins.
Son traité de Commerce avec la France n’est pas encore
ostensible: Mais, on n’imagine pas qu’il Soit exclusif. L’Amérique
Se Sera Surement reservé le privilége de faire un Commerce direct
avec toutes les nations de l’Europe, et la Seule chose que la
France auroit pu éxiger d’elle C’est qu’elle n’en fit plus avec
l’Angleterre, et ce n’est, Certainement, pas un Sacrifice qu’elle
aura éxigé de l’amérique, toujours oppressée par l’avidité de
l’angleterre et qui, dans toutes les Circonstances, possibles
trouvera plus davantages à faire commerce avec les autres nations.
Ils seront, Surtout, très-sensibles avec la Flandre.
Le pays de Liege y touche. On y fabrique une quantité
prodigieuse de fer: Mais la Flandre n’a point de fer. Liége
Consomme tout le Sien par Ses manufactures d’armes, de
quincailleries et de clous, et la Flandre est obligée de tirer Son
fer de Suéde; l’Amérique pourroit le lui fournir.
Elle tire aussi de Riga tout Son bois de charpente et toutes Ses
planches. Il seroit naturel, alors, que ce fut l’amérique qui lui
fournit aussi ces deux articles.
L’Amérique y joindroit, Sans doute, avec le tems la possibilité
de l’approvisionner de Morue Verte et de Sèche et de là toute
l’Allemagne, la Suisse etc.
Mais, à ne prendre les choses que dans l’état où elles sont
actuellement l’Amérique a dans Son riz et dans Son tabac deux
objets d’échange qui Sont immenses, Soit pour la propre
Consommation de la Flandre, Soit pour celle de tous les pays qui
Sont derriere elle et auxquels elle Communique Si facilement par
la multitude de Ses rivieres et de Ses Canaux.
Il faut, d’ailleurs, considerer ces deux articles Sous le vrai
point de vue qu’ils présentent à l’amérique.
La hollande a fait la loi à toutes les Nations par Ses épiceries
qu’elle fournissoit exclusivement.
C’est aussi ce que peut faire l’amérique par Son riz et son
tabac.
Il vient en Europe du riz des Indes Orientales: Mais, Cette
marchandise est d’un Si grand encombrement qu’il n’y a point à
craindre qu’elle abonde jamais.
Il en vient aussi d’Egypte et du Levant: Mais il n’est pas de
bonne qualité.
Les riziéres du Piémont et de quelques autres Cantons d’Italie
ne le donnent pas Meilleur et en produisent peu.
Le riz de la Caroline est excellent. Il est aussi bon que celui
des Indes, et si les Anglois n’en eussent pas fait un monopole,
qui en augmentoit considerablement le prix, il y auroit longtems
que l’Egypte et le Levant N’en fourniroient plus à l’Europe et
qu’on N’en cultiveroit plus en Piémont. La Survente excessive des
Anglois n’a pas même empêché qu’on n’en fit un grand débit; on
achete toujours à quelque prix que ce Soit une denrée qui devient
Souvent de premiere nécessité, et le riz est de cette nature.
L’Amérique pourroit donc, avec un peu d’attention, tirer le plus
grand parti de Cette production: Je ne doute pas qu’elle ne pût
S’approprier exclusivement la Consommation entiere de l’Europe.
Le tabac est encore plus important, et la Virginie n’a point de
Concurrens.
Je n’ignore pas, cependant, que les Isles Espagnoles en
fournissent à l’Espagne.
Que la France en tire aussi de Ses Colonies, et qu’on en cultive
un peu en quelques Cantons de la Flandre et de l’Alsace.
Mais Si l’on considére
1o. qu’il n’y a que l’Espagne Seule qui Se Contente de Son tabac
et qui, Sous peine de la vie, ne veut pas qu’on prenne une prise
de tabac étranger
2o. que les Isles françoises n’en produisent qu’une petite
quantité, et que ce peu qu’elles produisent est de Contrebande en
france
3o. que le tabac même d’Alsace est aussi de Contrebande, ainsi que
celui de Flandres.
4o. que la quantité de tabac qu’on cultive en alsace et en
Flandres ne suffit, peut-être, pas à la cinq centieme partie de la
consommation du reste de l’Europe
5o. que la France, à-cause de ses fermes générales ne permettra
jamais que l’on Cultive le tabac dans l’intérieur du Royaume
6o. que tous les Etats de l’Europe, soit par intérêt, soit
parceque les terres et le climat ne Sont pas favorables à ce genre
de culture et de production ne pourront jamais Se procurer de
tabac par eux-mêmes.
Si, dis-je, on considére tous ces obstacles la Virginie et le
Maryland doivent Se regarder comme des Sources exclusives de la
Consommation de l’Europe.
On sait le traité que la France avoit fait à l’Angleterre.
Cette puissance oppressive du Commerce de l’amérique gagnoit
immensément Sur le tabac qu’elle fournissoit à la France et au
reste de l’Europe et qu’elle tiroit de la Virginie et du Maryland.
D’après Cela qu’est-ce qui pourroit douter que l’Amérique n’ait
en Son pouvoir de mettre à contribution l’Europe entiere par Son
tabac et par son riz.
Il y en a une preuve qui n’est pas équivoque. C’est que depuis
la guerre des Anglois le tabac et le riz Sont prodigieusement
augmentés de prix. Quelle en est la raison? C’est que l’amérique,
gênée, en a beaucoup moins fourni.
La Virginie, le Maryland, et la Caroline Sont donc les Sources
où l’Europe est condamné à puiser.
Eh! qu’est-ce qui empêcheroit l’amérique de mettre Son tabac et
son riz à un prix qui fut tellement combiné qu’en en retirant de
très grands avantages, l’Europe entiere se féliciteroit de Son
Commerce avec elle?
Les Etats-unis me paroissent avoir une maniere Sure de regler
avantageusement le prix de leurs marchandises.
L’Amérique vendoit à un prix aux Anglois: les anglois
Survendoient à un autre.
Cette espece de latitude doit diriger Ses Spéculations.
Elle peut laisser floter le prix de ses denrées entre ces deux
extrêmes
Elle pourroit même le porter au dégré le plus élevé, et gagner
tout ce que les Anglois gagnoient Sur elle; il faudroit bien que
l’Europe y passât: Mais, de toutes les nations Commerçantes il n’y
a, peut-être, jamais eu que les Anglois et les hollandois qui
ayent profité aussi durement de leurs avantages exlusifs, et
l’amérique ne voudra pas, Sans doute, éxercer une tyrannie aussi
odieuse.
Son intérêt est de tenir Ses denrées à un prix modéré, et de ne
profiter de l’heureuse revolution qui lui a fait briser Son joug,
que pour tirer un meilleur parti de ses productions Sans
S’approprier tout le bénéfice que faisoient Ses monopoleurs. En ne
S’en reservant qu’une partie elle gagnera Considerablement.
La Flandre paroit, à tous égards, le lien le plus propre a
realiser Ses Spéculations.
Par Sa nature le riz est de prémier besoin; et l’humanité èxige
que l’on donne à Son Commerce la plus grande liberté possible.
Mais, il n’en est pas de même du tabac.
Le Commerce en est interdit en France.
Il l’est plus ou moins dans tous les autres pays de l’Europe.
Chaque Prince l’a mis en Regie ou en ferme, et le fait Vendre à
Son profit, au prix arbitraire qu’il juge à propos de le porter.
Ce n’est pas le prix qu’y met le Cultivateur qui regle Celui de la
revente. Le Cultivateur raisonneroit mal S’il Se formoit l’idée
qu’en le donnant à meilleur marché, il en vendroit une plus grande
quantité. Il n’obtiendroit tout-au-plus que la préférence Sur les
autres cultivateurs qui tiendroient le prix plus haut. La maniere
dont Se fait la revente présente donc un moyen aux deux colonies
cultivatrices de l’amérique de trier toujours le meilleur parti
possible de leur tabac. C’est de l’entreposer en Europe. Elles
peuvent fournir la France directement a un prix déterminé parceque
la France est un grand pays qui Consomme beaucoup: mais la
Consommation du reste de l’Europe étant partagés par un grand
nombre de nations ou de petits princes en Concours, je crois que
le meilleur parti Seroit d’établir un ou deux Entrepôts
d’approvisionnement, où le prix du tabac Seroit invariablement
fixé, quelque quantité que les Colonies en produisissent.
Deux entrepots suffiroient. L’un à Marseilles et l’autre en
Flandres.
Celui de Marseille fourniroit l’Italie, la Turquie, le levant,
l’Egypte et les côtes de Barbarie
Celui de Flandres repandroit la denrée en Angleterre, en
hollande, dans les Etats du Nord, en Allemagne, en Suisse etca.
Les Etats-unis approvisionneroient eux-mêmes directement les
Colonies Européenes en Amérique et dans les Indes orientales.
Il resulteroit de ce plan que la Virginie et le Maryland
obtiendroient le plus grand avantage de leur culture.
La Seule précaution qu’elles auroient à prendre, ce Seroit de ne
pas vendre le tabac qu’elles distribueroient en Amérique et dans
les Indes orientales à Si bas prix qu’il put y être acheté par les
Anglois et les hollandois et qu’ils l’apportassent en Europe pour
l’y revendre au-dessous du prix fixé dans les deux entrepôts.
Rien ne Seroit Si facile que de calculer les Moyens de ne pas
tomber dans Cette méprise.
Il y a, cependant, une difficulté. C’est qu’il paroit au prémier
Coup d’oeil que ces entrepôts generoient la liberté des
Cultivateurs, et la prèrogative qu’a tout homme de vendre les
fruits de Son travail au prix qu’il veut et quand il veut. Cette
objection est légére, et elle disparoit à la vue de l’intérêt de
tous les Cultivateurs des deux Colonies qui ne doivent avoir pour
but que de tirer le plus grand avantage de leurs recoltes. Ils le
trouveront ici dans le prix, et ils le trouveront encore d’une
autre maniere.
En S’isolant, les cultivateurs Seront tous en Concours.
Qu’arrivera-l'-il? Ce qui arrive dans toute Concurrence. Les uns
vendent, et les autres, qui ont été prévenus, Sont forcés de
garder leurs marchandises ou de les donner à plus bas prix
parcequ’on n’en veut plus.
Au contraire, en Se réunissant pour la vente tous Seront assurés
de vendre.
Cette reunion S’opéreroit par le Concours de chaque cultivateur
à l’approvisionnement des deux entrepots.
L’ensemble qui resulteroit de ce que chacun y auroit envoyé
Seroit une masse Commune qui Se réaliseroit par la Vente dont le
produit Seroit reparti à chacun Selon Sa mise.
Ce ne Seroit point le tabac de tel ou tel Cultivateur qui Seroit
vendu par prèfèrence. S’il y avoit dans l’entrepot cent mille
Quintaux de tabac, et qu’on en vendit aujourd’hui 10 mille le
produit de ces 10 mille Seroit reparti Sur les Cent mille à
proportion de ce que chaque cultivateur auroit fourni de cette
totalité.
Enfin, ce Seroit ici une espèce de Société générale, où chacun
faisant Sa mise inégale en marchandises, chacun en retireroit le
prix en raison de Sa mise.
Par là tous les cultivateurs vendroient en même tems.
Et Si chacun avoit la liberté de faire venir en retour des
marchandises de Son choix et plutôt l’une que l’autre, on conçoit
que les Colons de la Virginie et du Maryland trouveroient tous les
avantages qu’ils pourroient desirer dans l’établissement des deux
Entrepôts.
Ces Vues ont besoin, Sans doute, de plus d’explication: Mais on
croit pouvoir Se dispenser quant-à-présent de s’étendre davantage;
et l’on Se bornera à quelques observations.
Marseilles est un port franc. Ainsi l’un des Entrepots y Seroit
on ne peut pas mieux établi.
La Flandre offre les mêmes avantages par le transit libre établi
à Gand, et qui laisse passer en franchise à travers la Flandre
toutes le Marchandises qui vont au dehors, de même que celles qui
Viennent du dehors et S’enportent par les ports d’Ostende et de
Newport. Les productions du pays ne payent rien non plus à leurs
Sortie.
L’Entrepôt pourroit être établi à Ostende ou à Gand.
L’Impératrice-Reine a dèfendu tout Commerce avec l’Amérique:
mais, on Conçoit que cette dèfense que la politique a pu
nécessiter, ne Subsistera qu’autant qu’il n’y auroit point
davantage à la faire lever. Des relations telles que celles qui
Sont proposées entre l’amerique et la Flandre changeroient bientôt
les défenses en liberté.
Ce plan Seroit d’autant plus utile à l’amérique que la Flandre
n’a pas même de Marine Marchande. Ce Seroit donc l’Amérique qui
Voitureroit toutes Sa marchandises, et qui remporteroit tous les
retours qu’elle demanderoit en échange.
Mémoire
Je Suis Chargé par M. Philipe Walléz Negt. à Gand, de faire à
M.M. francklin et Adam une proposition qui paroit utile à
L’amerique et à la flandre.
C’est d’ouvrir entre Ces deux Nations un commerce direct de
leurs productions.
Je n’ai pas bésoin de leur observer que L’amerique n’est pas
encore au moment de faire avec L’europe un Commerce assés
fructueux pour qu’elle Se promette d’en avoir les rétours En or et
en argent. Le Tems pourra venir, mais actuellement qu’elle a des
bésoins, et qu’elle ne peut y pourvoir qu’en envoyant En europe
des productions de Son Sol en échange, Le Seul avantage qu’elle
doit tenter d’obtenir, est de trouver le meilleur Parti possible
de Ses denrées, pour avoir en rétour une plus grande quantité de
ce qui lui manque.
La flandre paroit lui offrir cet avantage pour plusieurs objets:
Ce païs est Situé fort avantageusement pour Le Commerce, Son Port
de mer (ostende) peut contenir en sureté des Navires de toute
grandeur. Gand qui en est la Capitale, est Le Centre du Commerce
du païs bas. Cette Ville communique par moyen de Canaux qui
portent des batiments de 2 a 3.00 Tonneaux, non Seulement avec le
port d’0stende, mais même Avec Celui de Dunkerque appartenant à la
france, elle Communique egalement par de Rivieres navigables avec
toutes les villes qui L’entourent, et aux paîs qui Sont derriere,
Ce qui facilite les transports.
La flandre Consomme par elle même une Grande quantité de riz,
d’indigo et de tabac, et en exporte d’avantage dans tous les paîs
qui L’avoisinnent, et qui, comme elle, Sont Sous la domination de
la maison d’autriche.
Le Riz de la Caroline y est preferé á tout autre, et dans ce
moment, elle n’en a Genéralement que peu, et aucuns de la
Caroline, dé sorte qu’il faudrait des envois considérables avant
de le faire même tomber à l’ancien prix.
Ses Manufactures de toiles peintes, et les manufres. des draps
du paîs de Limbourg, font une Grande consomaon. d’indigo de la
Caroline, et elle en manque actuellement.
Le peu de tabac qu’on plante en flandre en Comparaison de la
Grande quantité qu’elle consomme pour son propre usage, Sans
compter celui qu’elle exporte dans les Provinces adjacentes, et
dans le païs qui est derriere elle (qu’elle fournit egaglement de
tout ce qui entre par mer) peut a peine Suffire aux frais de
Culture, Lorsque celui de la Virginie et de Marisland y vient
abondamment, parceque Celui de flandre est Si mauvais et Si
insipide qu’il est imprenable, Si il n’est meslé de celui de la
Nord-amerique. Le fait le prouve dans cet instant, depuis que la
flandre est tout a fait depourvüe de tabac de Virginie, les
fabricatuers pour rendre celui du païs moins mauvais, Sont forcés
pour en faire Le mélange de Se servir des côtes qui Sont restées
de Celui de L’amerique, et par cette raison Ces côtes qui etaient
à 3 et 4 florins, Sont montées et récherchées maintenant au prix
Exorbitant de 25 et 26. florins le quintal. une trentaine de
Boucaux de tabac de la Virginie arrivé dernierement de Cadix a
ostende ne Se vendront point audessus de 80. florins le quintal.
Les Besoins de la flandre assurent donc dans tous les tems un
prompt debouché de ces productions de l’amerique.
L’Angleterre lui a toujours fourni ces trois Especes de
marchandises.
Si L’amerique les fournissait désormais directement, alors le
Monopole des Anglais et leur fameux acte de Navigation qui
Surencherissaient considérablement les prix, n’y auraient plus
d’influence, L’amerique fournirait ces denrées á meilleur marché,
et en raison la Consommation en augmenterait encore
infailliblement.
L’angleterre payait L’amerique en denrée et en marchandises
d’Europe, dont les unes etaient le produit de Son Sol et de Son
industrie, et les autres lui etaient fournies par La france, la
flandre et L’allemagne.
La flandre en Son particulier lui en fournissait une très grande
quantité, et elle en proportionnait le prix à Celui dont
L’angleterre Survendait les marchandises de L’amerique. Les
Colonies par consequent payoient les marchandises de flandre en
raison du prix que L’angleterre donnait á celles du Sol de
L’amerique. mais Ce qui augmentait encore plus Sensiblement les
marchandises de flandre pour L’amerique, C’est qu’on ne les y
recevait, qu’après qu’elles avaient passées par les mains des
anglais, et qu’on avait ajouté á leur valeur primitive tous les
droits de douane, les benefices des mds., et les frais de
Navigation, Je ne doute point qu’elles ne fussent comptées aux
ameriquains a plus de 30 pr % audessus de ce qu’elles avaient
couté originairement en flandre, et Si on y ajoute le bénefice que
les anglais faisaient Sur la révente des marchandises de
L’amerique, Je ne crois pas exagérer en disant que le double
monopôle ne fit perdre plus de 50 pr.% à L’amerique, et méme Si
l’on Considere qu’il etait d’usage en angleterre de n’envoyer en
amerique que les plus mauvaises marchandises de flandre, qu’on lui
faisait payer aussi cher que les bonnes, peut etre pourrait-on
encore porter plus haut les benefices que les anglais faisaient
Sur les ameriquains. D’ailleurs on Sçait que les bénefices de
L’angleterre etaient presque toujours arbitraires, elle les
Calculait Sur l’opulence des Colonies, et cette espêce de
Thermomettre, pouvait suivant les Circonstances porter les
marchandises au plus haut prix. L’Amerique Gagnerait donc tout Ce
que la metropôle anglaise Gagnait Sur elle en ouvrant un Commerce
direct avec la flandre. Ce commerce pourait S’etendre Sur une
infinité d’objets très utiles aux Etats-unis.
Si on Considére l’abondance des productions de la flandre
propres aux fabriques, L’industrie de cette Nation Laborieuse qui
acroit tous les Jours par une population Extraordinaire, et la
Richesse de ce Païs, on ne S’étonnera pas du Grand nombre de
fabriques dont elle fourmille et dont on Joint ici les détails.
La flandre Pourrait fournir
1o. Des toiles pleines et unies pour faire du linge de table, de
lit et de Corps
2o. Des toiles pour faire des tentes
3o. Des toiles à Carreaux en blanc et rouge etca. pour Couvrir des
matelats, pour rideaux et Garnitures de Lit
4o. Des toiles ardoisées bleuâtres pour les chemises des Negres et
des matelots
5o. Des Basins de Bruges et des anasêts espece d’etoffe de Laine
6o. Des toiles peintes pour L’habillement des femmes et pour des
mourchoirs
7o. Des Camelots de Bruxelle et de Lille
8o. Des draps du païs de Limbourg
9o. Des Chapeaux de malinnes, Bruxelles et Gand
10. Des Cuirs parfaitement tannés pour les Souliers et les
fournissements des troupes
11o. Des armes à feu, Bayonnettes Sabres etca. de liège
12o. Des Chaudronneries, quincailleries, fil de laiton de Liege et
d’allemagne
13o. Des Baptistes
14o. Des Chanvres pour Cordages, sangles de chevaux, Sangles de
lit, et Cöctil Rayé bleu et blanc pour les lits
15o. Des bas de fil et de laine de tournay
16o. Des Calmandes futaines et autres petites étoffes
On Ne parle point des dentelles, parceque cet objet ne peut
encore etre à la Convenance de L’amerique, au moins Genéralement,
mais il faut réprendre chacun de ces articles séparement
1o.
Les Seuls païs de L’europe ou L’amerique puisse S’approvisionner
de toiles, Sont La hollande La france et La flandre.
Mais on ne fabrique point de toile en hollande, Celles qui Sont
connües Sous ce nom n’y sont que blanchies, elles viennent toutes
de flandre à l’exception de quelques parties qui Sont fournies par
la Silêsie et la franconnie, Les toiles dites hollande, ont donc
deja passées par plusieures mains, qui toutes en ont augmenté le
prix
á L’egard de la france ce qu’elle fabrique de toile, ne Suffit
pas à Sa propre Consommation, Si elle vend de Ses propres toiles,
elle est obligée d’en tirer d’autant plus de flandre, et il est de
fait qu’elle en tire annuellement pour des sommes considérables.
or Si après les avoir achetées en flandre, elle en fait passer à
L’amerique, il est aisé de Concêvoir qu’elles récoivent
nécessairement une augmentation de prix.
D’ailleurs quand La france aurait assés de toile de Son Crû pour
en fournir á l’amerique, Sans porter la disette dans Son propre
Sein, Le haut prix des denrées et de l’argent dans toute l’etendüe
de ce Royaume influerait encore beaucoup Sur le prix de Ses
toiles.
C’est donc en flandre que L’amerique peut S’en fournir plus
avantageusement; Ses toiles pleines et unies Soit écrües, Soit
blanchies, Sont réconnües pour etre de meilleure qualité et à plus
bas prix que partout ailleurs.
Si on préfere pour ce qui Sert à l’usage du Corps, En espagne et
dans d’autres païs chauds, la toile de france et de Silêsie à
Cause de leur legerté et leur apparence en finesse et en apprêt;
C’est certainnement á tort, puisque la france Se pourvoit elle
même de toile de flandre, de préference pour cet usage, et que la
hollande lui fait acquerir cet air de finesse pour Son blanc
d’harlem pernicieux pour la toile par la Chaux qu’on y employe,
pendant qu’en flandre au contraire, on ne Se sert que de lait dans
les blanchiries.
2. 3. et 4.
Si quelques Nations a fourni des toiles á L’amerique pour faire
des tentes, des sais, des chemises pour les Soldats, Les Gens du
Commun et les Negres, pour Couvrir les matelats, pour faire des
rideaux etca. elle les a Certainnement prises en flandre; C’est la
flandre qui en approvisionne L’allemagne, La france, L’angleterre
et l’espagne pour leurs usages et pour leur amerique. ainsi tous
païs qui en a bésoin ne peut les avoir á Si bon marché et ailleurs
qu’en flandre. La france fait bien quelques imitations de ces
toiles, mais elles sont inférieures, et elle les Vend plus cher
que la flandre
5o.
Les Indes Nous fournissent du bâsin qui est nécessairement Cher;
mais tout le bâsin dont le prix est à la portée du plus grand
nombre; la france, en angleterre et partoute L’europe, est
fabriqué en flandre, et particulierement à Bruges. C’est donc en
flandre qu’il faut le prendre puisque tous les autres païs le
tirent de là, et qu’ils ne peuvent qu’y Gagner en le révendant.
Bruges fournit aussi á l’espagne et la france des anasêts, C’est
une Etoffe de laine teinte en noir, qui Sert a Couvrir les femmes
du Commun.
6o.
La flandre est remplie de manufactures de Toiles peintes, on
conçoit que la Surabondance de Ses toiles unies a dû y propager
cette industrie, et qu’elle donne les fruits de Son travail à
beaucoup meilleur marché.
7o.
Les Camelots de Bruxelles et de Lille Sont les plus beaux du
monde entier: il sont chers a les comparer aux Camelots
d’abbeville et d’amiens; mais Ceux-ci Sont très communs, et
beaucoup plus chers que les Camelots de même Espece que l’on fait
en flandre. Cela doit etre, la flandre ne paye pas plus cher les
matieres premieres, et les fabriquants y trouvent de l’argent tant
qu’ils veulent á 2. ½ pr. %, tandis qu’on le paye 6. 7. et
8. pr. % á Amiens et abbeville.
8o.
Les draps du païs de Limbourg Sont aussi bons, aussi bienfaits
que Ceux de la pluspart des manufactures de france, et ils coutent
plus de 15. pr. % de moins. les anglais mêmes en envoyent en
Espagne, avec leur marque et plomb, qu’ils font passer pour des
draps d’angleterre.
9o.
On fabrique á Malines, Gand et Bruxelles d’aussi bons et beaux
Chapeaux qu’en france et en angletere, ainsi que des Communs à St.
Ander; La laine qui est du païs, et dont La Nature est très
longue, fait qu’ils Se foulent plus solidement, ils Sont aussi á
meilleur marché
10o.
La flandre abonde en tannerie de Cuirs, Le païs de liege Surtout
est reputé pour avoir une très Grande quantité de Cuirs
parfaitement tannés, et préparés à tout usage. toute L’europe et
les indes S’en pourvoient les Souliers faits, et en tous ouvrages
réquis pour les Armées et les Colonies. Le prix en est beaucoup
moindre parceque les Cuirs, et La main d’oeuvre y Sont infiniement
moins Chers.
11o.
Liege a des manufactures immenses d’armes à feu, de Bayonnettes,
Sabres, Coutteaux et de tous les instruments qui servent à la
Culture des terres, elle en fournit une quantité incroyable, à
L’europe et L’amerique. Ces manufactures Sont moins cheres, que
celles de Charleville, de St. Etienne en forêt, et de tulle pour
les armes, ainsi que les autres manufactures connües pour les
autres ouvrages
12o.
La france ne fait que de très mauvaise quincaillerie, et celle
d’allemagne qui lui est supérieure paroit dévoir Succeder en
amerique à celle d’angleterre la plus parfaite de toutes. on
trouve abondamment á liege toutes Sortes d’ouvrages en cette
espece, en fer et en Cuivre, En fer fondû et battû, et en fil de
Laiton. on Sçait aussi que Liege fournit des cloux à tout
L’univers, même à la france et a L’angleterre. Tous ces objets
Sont à meilleur marché à Gand que partout ailleurs, parceque les
matieres premieres arrivent aussi facilement en flandre qu’en
hollande, qu’il en résulte même un avantage a les faire passer par
la flandre, parcequ’ainsi que toutes les autres especes de
marchandises destinées à l’exportation elles n’y payent aucuns
droits de péage, de traite et de Douâne, á Cause du transit que
L’imperatrice Reine a ètabli á Gand. Si les quincailleries
passoient par La hollande ou par la france, elles n’arriveroient
qu’avec La surcharge de tous les droits qu’elles auraient payés
chés Ces deux Nations. C’est donc de la flandre que l’amerique
peut les tirer à meilleur marché
13o.
La flandre autrichienne fabrique peu de Baptistes; C’est dans le
Cambresis qu’en sont les principales manufactures, mais c’est
pourtant par la flandre qu’on Se les procure au moindre prix.
elles ne passent du Cambresis et de la picardie ou l’on en fait
aussi, dans les autres provinces de france qu’en payant des droits
considérables, et qui Se multiplient aux Limites de châque
province de ce Royaume qui Séparen celles ou Sont établies les
fabriques de celles ou Se font les embarquemts. Les Baptistes au
contraire ne payent qu’un droit extremement leger pour passer de
france en flandre, et même on pourrait dire qu’elles n’en payent
point du tout a Cause de la contrebande ouverte que facilite la
proximite; C’est donc encore Consequemment la flandre qui pourrait
les fournir à meilleur marché
14o.
Le Brabant et la flandre abondent en Chanvre et en manufactures
de Cordages, de Sangles pour les Chevaux, pour les lits, et de
Coctil rayé bleu et blanc pour les lits de plumes. Le bon marché
de la main d’oeuvre, procure Sur ces objets, comme sur les autres
une Grande diminution de prix.
15o.
Il y a à Tournay dans Ses environs et épars dans le reste de la
flandre une Grande quantite de métiers montés pour faire des bas
de fil et de laine, on en fait beaucoup de tricoté, et toujours à
meilleur marché que dans toute autre païs, a raison du peu de prix
de la main d’oeuvres
16o.
Lille et Ses environs fourmille de fabrique de Camelots
communs, de Calmandes de futaine, et d’autres petittes étoffes,
dont elle pourvoit l’espagne et la france. Si les bésoins de
L’amerique Si étendaient Jusqu’aux dentelles; il n’y a personne
qui ne Sache que la flandre est leur patrie. il y a des
dentelles qui Sont connües sous le nom de point d’angleterre,
mais on en fait très peu en angleterre. Toutes ces dentelles Se
font á Bruxelles et aux environs. Les anglais avaient eu
l’adresse d’envahir toutes ces manufactures, et par une
Charlatannerie de Commerce, ils avaient eu l’art de persuader à
toute l’europe que c’etait Eux qui les fabriquoient.
Tels Sont les objets que la flandre pourrait fournir à
L’amerique, Si l’on en excepte, le Sel, le vin, et quelques autres
articles, C’est réunir presque tous Ses bésoins.
Le Pais de Liege touche à la flandre, on y fabrique une quantité
prodigieuse de fer. La flandre n’a point de fer. Liege consomme
tout le Sien par Ses manufactures d’armes, de quincaillerie et de
Cloux, et la flandre est obligée de tirer Son fer de Suede,
L’amerique pourrait le lui fournir.
Elle tire aussi de Riga, tout Son bois de charpente, et toutes
les planches, il serait naturel alors que ce fut l’amerique qui
lui fournit aussi ces deux articles.
L’amerique y joindrait Sans doute avec le tems La Possibilité
d’approvisionner la flandre de morüe verte, et de morüe seiche, et
de là toute L’allemagne et la Suisse
Mais a ne prendre les choses que dans l’etat ou elles Sont
actuellement, L’amerique a comme nous l’avons dit dans Son riz,
son tabac et Son indigo, trois objets de change qui sont immenses,
Soit pour la flandre, Soit pour tous les païs qui l’entoure.
Ces faits établis, il est facile de Conclure qu’un Negt. habile
résident à Gand, Seul chargé de la confiance des Etats-unis, et
des particuliers Commerçants de cette république qui Scaurait
Soutenir le prix des denrées de L’amerique en proportion des
quantités successives qu’il en récevrait, leur procurerait Sans
nul doute en pur Gain des sommes immenses Sur la flandre, dont ils
pourroient disposer, ou pour S’acquitter d’autant avec la france,
ou pour les Employer en échange avec les productions de la flandre
qu’on vient de détailler, et qui leur réviendraient à meilleur
marché, qu’en Si en approvisionnant quelqu’autre part que Ce fut.
Il faut même observer que Si cette Nation neglige cette
spéculation, qu’il y a lieu de craindre que ni eux ni leurs Sujets
n’en puissent profiter par la suite, Car ou la flandre restera
depourvüe de Ses tabacs, de Ses riz et de ses indigo, aussi
longtems que la Navigation ne sera plus tranquile, ou bien des
Speculateurs hardis de flandre et d’hollande, Chercheront dans cet
intervalle, le moyen de Se les procurer de l’amerique, L’espoir
d’un Gros Gain engage aux Grands risques, ils ouvriront ce
Commerce Sous un pavillon libre, et approvisionneront ainsi la
flandre au point d’y faire tomber Ces articles peut-être audessous
de l’ancien prix
Il paroit facile de lier Ce commerce Entre ces deux Nations,
quand bien même le port d’ostende ne serait pas libre pour les
Sujets des Etats de la Nouvelle amerique. La Communication du port
de DunKerque qui leur est ouvert les faciliterait tous les moyens.
M. Philipe Walléz Se réserve de donner le plan de cette opération,
il Se réduit a proposer dans Ce moment a Mrs. francklin et Adam
D’achepter à leur Compte un assortiement de châcun des articles
qui Se fabriquent en flandre, qu’ils feraient passer en amerique,
Cette espece d’echantillon, en fixant les prix servirait a fixer
l’opinion des Spéculateurs ameriquains Sur le projet qu’il
propose./.
Notation: Memoire from Flanders
635429 = 034-079a003.html